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17 juin 2026

Yaf Keru

Un poisson à la tête dure

Zoom sur le poisson-perroquet à bosse.

Plongez au cœur des récifs coralliens à la découverte du majestueux poisson-perroquet à bosse, aussi appelé poisson-perroquet bison (Bolbometopon muricatum). Appartenant à la famille des Scaridae, il est l’une des espèces les plus emblématiques des récifs coralliens¹. C’est également le plus grand poisson-perroquet connu, pouvant atteindre 1,30 mètre de longueur et peser jusqu’à 50 kg². Sa longévité est remarquable puisqu’il peut vivre plus de 40 ans³.

Cette espèce est présente dans les récifs coralliens tropicaux et subtropicaux de l’océan Indien, de la mer Rouge ainsi que de l’océan Pacifique central et occidental⁴. Le jour, le poisson-perroquet à bosse fréquente les récifs barrières et frangeants peu profonds, généralement entre 1 à 15 mètres de profondeur. La nuit, il se repose en groupe, dans des grottes ou sur des fonds sableux jusqu’à 50 mètres de profondeur².

Les adultes arborent des couleurs allant du bleu-vert au gris, avec une tête jaunâtre à rosée, tandis que les juvéniles présentent des teintes allant du vert au brun⁴. En grandissant, les adultes développent une bosse proéminente sur le front, caractéristique à leur espèce, ainsi qu’une puissante mâchoire en forme de bec, à l’origine du nom “poisson-perroquet”⁴.

Le poisson-perroquet à bosser se nourrit principalement d’algues fixées sur le fond de la mer, de coquillages mais aussi de coraux vivants⁵. Grâce à sa mâchoire particulièrement robuste, un adulte peut consommer entre 5 et 6 tonnes de coraux par an⁵. Les fragments de coraux ingérés sont ensuite broyés par un appareil digestif spécialisé, appelé broyeur pharyngien, puis rejetés sous forme de fines particules ⁵,⁶. Ce processus, appelé bioérosion, contribue à la formation de sable blanc des plages tropicales⁶. De cette manière, en modifiant son environnement, le poisson-perroquet à bosse est considéré comme une espèce ingénieure, c’est-à-dire capable de transformer la structure et le fonctionnement de son écosystème⁷.

La reproduction a lieu lors de spectaculaires rassemblements pouvant réunir jusqu’à 1 200 individus, généralement quelques jours avant la nouvelle lune⁸, ⁹. Durant cette période, les mâles deviennent particulièrement agressifs et s’affrontent par de violentes charges et des coups de tête⁹, ¹⁰. Les chocs produisent des sons audibles à plusieurs mètres de distance ce qui pourraient contribuer à attirer les femelles vers les zones de reproductions. Ces combats rappellent ceux observés chez les bisons, ce qui a inspiré son nom vernaculaire de “poisson-perroquet bison”.

Le poisson-perroquet à bosse est particulièrement vulnérable à la pêche en raison de sa grande taille et de son comportement¹¹. Les adultes se déplacent souvent en bancs pendant la journée et se reposent la nuit dans des zones prévisibles, ce qui facilite leur capture par les pêcheurs¹¹, ¹². Cette vulnérabilité est renforcée par sa croissance lente et sa maturité sexuelle tardive, qui limitent le renouvellement des populations¹². La pêche non contrôlée, destinée à la consommation locale ou à l’exportation, représente aujourd’hui l’une des principales menaces pour l’espèce¹³.

Le poisson-perroquet à bosse est actuellement classé Vulnérable par l’UICN¹³. Outre la pression de pêche, il est également menacé par la destruction des habitats côtiers et le déclin des récifs coralliens¹³. Sa disparition aurait pourtant des conséquences importantes sur les récifs. Principal bioérodeur des récifs coralliens, il contribue à leur équilibre écologique et participe au maintien de leur résilience face aux perturbations². Des programmes comme Yaf Keru, protègent et restaurent les récifs coralliens dégradés, contribuant ainsi à la préservation de cette espèce.

 

 

 

Bibliographie :

  1. Taylor, B.M., Hamilton, R.J., Almany, G.R. et al. The world’s largest parrotfish has slow growth and a complex reproductive ecology. Coral Reefs 37, 1197–1208 (2018). https://doi.org/10.1007/s00338-018-1723-9
  2. Donaldson, T. J., & Dulvy, N. K. (2004). Threatened fishes of the world: Bolbometopon muricatum (Valenciennes 1840)(Scaridae). Environmental Biology of Fishes, 70(4), 373.
  3. Andrews, A. H., Choat, J. H., Hamilton, R. J., & DeMartini, E. E. (2015). Refined bomb radiocarbon dating of two iconic fishes of the Great Barrier Reef. Marine and Freshwater Research, 66(4), 305-316.
  4. Myers, R.F. 1999. Micronesian Reef Fishes, 3rd edition. Coral Graphics, Guam, 330 pp.
  5. Bellwood, D. R., Hoey, A. S., & Choat, J. H. (2003). Limited functional redundancy in high diversity systems: resilience and ecosystem function on coral reefs. Ecology letters, 6(4), 281-285.
  6. Goldberg, E.G., Raab, T.K., Desalles, P. et al. Chemistry of the consumption and excretion of the bumphead parrotfish (Bolbometopon muricatum), a coral reef mega-consumer. Coral Reefs 38, 347–357 (2019). https://doi.org/10.1007/s00338-019-01781-0
  7. Mallela, J., & Fox, R. J. (2018). The role of parrotfishes in the destruction and construction of coral reefs. In Biology of parrotfishes (pp. 161-196). CRC Press.
  8. Roff, G., Doropoulos, C., Mereb, G., & Mumby, P. J. (2017). Mass spawning aggregation of the giant bumphead parrotfish Bolbometopon muricatum. Journal of Fish Biology, 91(1), 354-361.
  9. Muñoz RC, Zgliczynski BJ, Teer BZ, Laughlin JL. (2014). Spawning aggregation behavior and reproductive ecology of the giant bumphead parrotfish, Bolbometopon muricatum, in a remote marine reserve. PeerJ 2:e681 https://doi.org/10.7717/peerj.681
  10. Muñoz, R. C., Zgliczynski, B. J., Laughlin, J. L., & Teer, B. Z. (2012). Extraordinary aggressive behavior from the giant coral reef fish, Bolbometopon muricatum, in a remote marine reserve. PloS one, 7(6), e38120.
  11. Hamilton, R. J., & Choat, J. H. (2012). Bumphead parrotfish: Bolbometopon muricatum.
  12. Hamilton, R.J., Almany, G.R., Stevens, D. et al. Hyperstability masks declines in bumphead parrotfish (Bolbometopon muricatum) populations. Coral Reefs 35, 751–763 (2016). https://doi.org/10.1007/s00338-016-1441-0
  13. Sadovy, Y., Craig, M.T., Pollard, D.A., Nair, R., Samoilys, M., Rhodes, K., Santos, M. & Choat, J.H. 2025. Bolbometopon muricatum. The IUCN Red List of Threatened Species 2025: e.T63571A264483873. https://dx.doi.org/10.2305/IUCN.UK.2025-2.RLTS.T63571A264483873.en. Accessed on 14 June 2026.

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